samedi 25 août 2012

Shikoku Muchujin-Shikoku Haïku Méguri “Balade – Haïku dans l’île de Shikoku” (5)

 

J - 18


Que diable vont-ils donc faire à Shikoku ?





carte :  http://nezumi.dumousseau.free.fr/japon/shikoku.htm


suivre les poètes
d'ermitage en ermitage
passé ressurgi



La balade à Shikoku nous guidera à travers l’univers des haïkus, formidable opportunité pour composer chaque jour des poèmes et apprendre davantage sur l'histoire du haïku.

La préfecture d’Ehimé et la ville de Matsuyama, "capitale du haïku", sont la patrie de nombreux maîtres du haïku et écrivains modernes comme Shiki Masaoka, Sôséki Natsumé, Kyoshi Takahama et Hékigotô Kawahigashi ; Santôka Tanéda y est mort. 
La préfecture de Kagawa, le plus petit département du Japon, abrite le plus vieil ermitage japonais  lié au haïku, le Ichiya-an ("L’ermitage d’une nuit"), au temple Kôshôji de Kan’onji. Sôkan Yamazaki, poète de l’époque Séngoku (16e siècle), maître de renga et un des pères du haïku, y a passé la fin de sa vie. 
Hôsaï Ozaki  a vécu dans l'île de Shôdôshima jusqu’à sa mort. 
Des temples sont également rattachés à des poètes renommés comme Buson et Issa.
     
Le 19 septembre, aura lieu la fête nommée Héchima-ki célébrant l’anniversaire de la mort de Shiki Masaoka, père du Haïku moderne, originaire de Matsuyama. Nous participerons à des cérémonies, événements et réunions autour des haïkus.
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vendredi 24 août 2012

Shikoku Muchujin-Shikoku Haïku Méguri “Balade – Haïku dans l’île de Shikoku” (4)

 

J - 19







veille des départs
sous le soleil matinal
la baie se dévoile




Sur le magazine GEO de ce mois-ci, un bref dossier sur Shikoku, la plus petite île de l'archipel et la plus paisible, qui offre aux pèlerins ses quatre-vingt-huit temples, tous différents. Chacun.e en revient plus sage paraît-il. Mais alors... Je vais approcher bientôt la perfection !!!
Le relief de l'île est assez accidenté et certains sommets atteignent presque 2000 m d'altitude. Parfois, des sanctuaires se nichent là haut. Je sens qu'il va me falloir un sacré bâton si jamais je m'aventure sur ces routes sinueuses de l'illumination !
J'ai déjà le chapeau conique, si ! si ! Soit, il n'est pas japonais mais il est de taille à recueillir mes nobles méditations. Trop fantaisie ? Ah, bon !
Je ne possède pas encore la chemise blanche... d'ailleurs, elle signifie "prêt.e à mourir" ! Il ne faut rien exagérer, tout de même.

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jeudi 23 août 2012

Shikoku Muchujin-Shikoku Haïku Méguri “Balade – Haïku dans l’île de Shikoku” (3)

 

J - 20



Et dire que la valise pèse déjà 5 kg vide !



nouvelles de Rome
toutes les femmes folles
de son fils


fin de canicule
des bretelles de soleil
sur mes épaules


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5 kg vide !
elle décide d'acheter
une nouvelle valise

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mercredi 22 août 2012

Shikoku Muchujin-Shikoku Haïku Méguri “Balade – Haïku dans l’île de Shikoku” (3)

 

J - 21

 

 

la tête hors de l'eau
une inspiration profonde
soleil au zénith

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mardi 21 août 2012

Shikoku Muchujin-Shikoku Haïku Méguri “Balade – Haïku dans l’île de Shikoku” (3)

 

J - 22




marché estival
les premiers potimarrons
aux rondeurs offertes


La saison avance... Au moment des repas sous la treille envahie de merles et de merlettes, nous nous faisons tout petits. Restera-t-il quelques grains à croquer ?

Mais revenons à notre voyage !

Maïko, qui prend bien soin des lauréats, m'informe aujourd'hui sur la cuisine locale. Les "udon de Sanuki", plat à base de nouilles, s'inscrivent dans la culture culinaire de Kagawa ainsi que le "shoyu", assaisonnement spécifique.

Cette vidéo donnera un aperçu des plats traditionnels :

 http://www.youtube.com/watch?v=UiSMr07XMr4&feature=plcp

Avant le départ, il faudrait peut-être que je m'entraîne un peu à utiliser les baguettes ! J'en ai des quantités qui ne demandent qu'à travailler... Alors, un petit effort pendant quelques jours ! Et si je ne suis pas tout à fait au point, ma maladresse sera assurément pardonnée.


(A suivre)


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lundi 20 août 2012

Shikoku Muchujin-Shikoku Haïku Méguri “Balade – Haïku dans l’île de Shikoku” (2)

J - 23



heure matinale
déjeuner en tête à tête
avec la pendule


Hier, a été publiée par Shikoku Muchujin et JANA, l'annonce officielle de ma sélection pour une "balade-haïku dans l'île de Shikoku", du 13 au 28 septembre. Il a fallu que j'use d'auto-persuasion pour parvenir à trouver quelques heures de sommeil. Tout se bouscule un peu dans ma tête car je vais vivre, sur la superbe île du haïku, une aventure unique. Le délai s'annonce serré pour les préparatifs. 

Commençons par les questions simples : "Quelle valise prendre ? Quels vêtements emporter ?"

Au fait, quel temps fait-il là-bas ?

Le climat est différent entre les îles du sud (Kyushu, Shikoku) et l'île de Hokkaido au nord. Au sud du Japon, saison des pluies entre mi-juin et mi-juillet. L'été est pluvieux et humide au Japon avec en septembre, l'apparition de typhons (vents violents, pluies diluviennes) principalement dans le sud du pays.

http://www.capaustral.com/guide_voyage_japon.php

Oh, là là ! Voilà qui promet. Pourvu que je ne sois pas prise dans les fameux typhons ! Heureusement que Maïko GOTANI m'a rassurée : septembre est plutôt chaud et beau à Shikoku. Je vais pouvoir partir avec des effets légers et un balluchon pas trop pesant, du moins je l'espère.


(A suivre)

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dimanche 19 août 2012

Shikoku Muchujin-Shikoku Haïku Méguri “Balade – Haïku dans l’île de Shikoku” (1)



 

 

Trois poètes sélectionnés

 

Japon Auvergne-Nippon Auvergne (Jana)
Message de Maïko GOTANI, Présidente
今 日は俳句(819)の日、やっと皆さんにご報告が出来ます!Aujourd'hui, le 19 août (819) au Japon, c'est le jour de quoi ?? C'est le jour de Haïku :)) - 8 (Hatchi en japonais - Ha), 1 (Itchi en japonais - 1 ), et 9 (Ku ou Kyû en japonais - Ku), voilà, donc bien le jour du HAIKU !! Il a été nommer par le professeur et chercheur de Shiki (grand poète de Haïku) depuis 20ans. Cette année, je l'attendais tellement avec un grand patience, car nous pouvons enfin vous présenter nos 3 poètes-bloggeurs sélectionnés pour Balade-Haïku dans l'île de Shikoku, ce qu'on organise avec Ozaki san de Shikoku Muchujin au Japon en septembre!! : http://fr.muchujin.jp/ ou http://http://jana63.canalblog.com/archives/2002/07/02/24621651.html Voici nos 3 Chers poètes sélectionnés : Mme Daniele Duteil (île de Ré), M.Minh-Triết Minh-Triết Phạm(Paris), M. Laurent PAYEN (Bénéjacq). et bien sûr, notre amie, Martine Brugière sera toujours avec nous en tant que poète invitée d'honneur. Toutes nos félicitations à tous les 3. Ils sont excellents ! Nous sommes sûrs qu'on pourra réaliser un bel projet avec eux pour faire découvrir le charme de Shikoku au travers de Haïku.

Pour plus d'information, merci d'attendre encore quelques jours, mais, je suis déjà heureuse de pouvoir partager cet grand info avec vous tous : )

En attendant, visiter aux bels sites webs de nos poètes sélectionnés.

Mme Danièle DUTEIL :http://haikuduvidetdelaplenitude.blogspot.fr/
M. Minh-Triêt PHAM :http://mtpham75.free.fr/
M. Laurent PAYEN :http://couleurjapon.e-monsite.com/

Je tiens remercier également à tous les candidat(e)s pour leur intérêts à notre projet et nos amis, Thierry san,Ludovic, Martine, Jérôme, et Marutani san! pour vos aimables aides, et toutes les personnes qui nous ont aidé pour diffuser et partager cet info.



Excellente soirée de jour de Haïku :)

長年親しく交流を続けている香川県の非営利団体 四国夢中人の尾崎さんとの日仏共催企画、国土交通省VJ事業認可、欧州俳人による四国俳句巡りの招聘公募俳人3名が決定しました。7月末に締め切り、8月 初めにはもう通知をしていたのですが、これまでずっと電話やメールなどでも意見交換を続けてきました。正式招待の送付はどうせなら俳句の日にということ で、今日まで公式発表も待っていました。語呂合わせみたいですが、こういうことは一生の記念になることなので、尾崎さんにもサインを書き直していただいた り、ずっと発表を待っていました。彼らの喜びもひとしおではないかと思います。彼らのプロフィールはまた追ってご連絡しますが、錚々たるメンバーで皆さ ん、国内外で活躍されている俳人たち、そして武道の達人と素晴らしい方たちです。俳人の募集広報にご協力いただいた皆様(Marutani さん、ありがとう m(_ _)m)、応援してくださった方たち、皆様本当にありがとうございました。改めてまた彼らのプロフィールや日程とともにお礼状をお送りします。ちなみに9 月出発でまだ始まっていませんので、今後ともよろしくお願いします。

 

 

 http://fr.muchujin.jp/


 



 Annonce officielle :


et

informations sur Facebook :





Un très grand merci à Shikoku Muchujin et à JANA 
ainsi qu'à tous ceux grâce à qui je vais vivre cette magnifique aventure !



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jeudi 16 août 2012





lever matinal
du petit bois de derrière
des cris d'aigrettes


tous volets clos
les belles de nuit
seules ouvertes


pas un souffle
l'horizon se teinte


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Canicule,
des feuilles jaunies
tavelées.

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JEA 
l'horizon ferme ses volets
les oiseaux entament
leur tour du monde.

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mercredi 15 août 2012

Kyle Easwood Band
entre les deux phares l'écho 
de la contrebasse


lettres
d'Iwo Jima *
la mer en sourdine


Marrakech
des accents orientaux
dans la nuit de Ré


*http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Iwo_Jima 




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Eté en fête -
l'île frémit
de tous ses pores

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mardi 14 août 2012




délaissée
par les nouveaux propriétaires
maison des grands-parents


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que de mauvaises raisons
pour abandonner
les vieilles maisons...

**

lundi 13 août 2012



la poupée de chiffon
la petite veut en faire
son amie d'école

**


La lecture
de son corps fragile,
orteils nus.

** 

JEA 
Guinsbourg, Barzotti, les Têtes raides...
que de poupées,
que de sons...

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dimanche 12 août 2012





des cochenilles
sur la plus belle orchidée
je cherche un remède


les feuilles jaunes
je les ramasse en vitesse
pour éloigner l'automne
 
**

samedi 11 août 2012

fin de canicule
le vent pousse un peu plus loin
le tapis de bain

**

JEA 

fin du ridicule
le vent perd
son nez rouge

** 


Pour trois jours
le soleil réchauffe
les épis

**



EN ATTENTE.




mercredi 8 août 2012


 
Festival Voix vives de Méditerranée en Méditerranée, Sète, 20-28 juillet 2012






Quelque chose de nous
vivra
dans le balancement léger des asphodèles

Jacques Lovichi (France)

Assise sur la jetée, je feuillète le programme du festival de poésie de Sète, « Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée ». Entre les pages du livret résonne, à intervalles réguliers, comme rythmé par le mouvement même des vagues qui fouettent les rochers à mes pieds, le chant profond d’artistes venus de tous les pays qui forment le bassin de « La grande bleue » et de contrées francophones. À eux seuls, les intitulés des nombreuses animations proposées me transportent et m’enchantent : « Toutes voiles dehors », « La clef des champs », « Poésie de plein fouet », « D’une rive à l’autre », « Sieste par sons et par mots », « La tête dans les nuages »…
Fille de l’océan, je choisis d’assister, pour cette première soirée, à une lecture musicale joliment nommée « Poésie dans les voiles ».  Le spectacle se déroule à quai, sur un vieux gréement baptisé « Le jusqu’au bout » dont le propriétaire, un navigateur chevronné à barbe chenue, est très fier de nous faire les honneurs. Malgré la chaleur estivale, le vent frais qui court sur les flots nous oblige à enfiler « une petite laine ». Bientôt, dans l’obscurité naissante, s’élève le souffle puissant du poète voyageur Anthony Phelps. L’artiste haïtien entonne un véritable hymne à l’amour, à son pays, à la femme, tandis qu’à l’avant du mât de misaine, la trinquette à peine renflée claque doucement entre les cordages.

près des filets
le cri rauque des goélands
la soirée s’étire


Premier matin sur la Place du « Pouffre ». Ce mot appartient à la langue littorale et lagunaire sétoise : il signifie « poulpe ».
Au centre de la fontaine, le mollusque crache sans interruption sur les pigeons ébouriffés, accompagnant les débats poétiques d’un léger gargouillis. Le stand haïku se situe au fond, à droite, de sorte que les gens qui l’atteignent ne le font pas par hasard : ils connaissent déjà peu ou prou le sujet. Un poète confirmé m’interroge longuement sur les livres présentés. Nous échangeons tous deux nos points de vue sur quelques haïkus avant qu’il ne porte son choix sur Les herbes m’appellent[1] et sur CHOU HIBOU HAÏKU Guide de haïku à l’école et ailleurs[2]. En riant, il me présente alors son épouse japonaise : « Elle s’appelle justement Haïshu ! ».
Sous l’auvent, l’après-midi devient brûlant. Pour une fois, je n’ai guère besoin de me forcer pour boire : ma bouteille d’eau gazeuse est promptement avalée.
Se succèdent différentes personnes, toutes curieuses d’échanger sur le haïku. L’une d’elles, chef de service dans un hôpital psychiatrique, a décidé que les membres de son équipe porteraient au tableau d’affichage, chaque matin, un haïku, afin de détendre les esprits avant d’entamer la lourde journée de travail.
Certains désirent des renseignements à propos du haïbun qui intéresse passablement les auteurs de nouvelles. Une femme est ravie d’apprendre le nom de ce texte littéraire qui mêle prose et haïku : « J’en écris depuis longtemps sans même savoir qu’il s’agit du haïbun ! ».

Cette encre me porte aussi haut que mon souffle

Mohamed Bennis (Maroc)


Peu à peu, l’air est devenu moite. La brume baigne à présent le port, nimbant les lourds chalutiers qui rentrent pour la criée. Les mouettes et goélands tapageurs, attirés par la manne, suivent leur sillage et fondent à grands battements d’ailes sur les poissons blessés jetés par-dessus bord.
À quai, flotte l’odeur caractéristique des retours de pêche, tandis que l’effervescence s’empare de chaque équipage. Le butin est trié par catégories et tailles : de nombreux bacs de rougets, petits merlus, baudroies, daurades royales, poulpes ou encore anchois, maquereaux et autres animaux pélagiques… mais les sardines, de plus en plus rares dans le secteur, manquent à l’appel.
Une fois le poisson débarqué, les acheteurs prennent place dans l’amphithéâtre. Ils flairent alors la bonne affaire sur le tapis roulant et le cadran, car la criée est aujourd’hui entièrement automatisée. L’astuce consiste à déclencher prestement la télécommande infrarouge lorsque l’enchère descend au bon prix. Si deux clients se manifestent au même moment, celle-ci remonte jusqu’à l’instant où l’un d’entre eux réagit le premier.





En remontant par la Rue Rapide, nous tombons sur un insolite spectacle de rue improvisé : deux femmes et un enfant sont endormis sur une scène, livrés au regard des passants qui, un peu étonnés, font soudain silence. Ailleurs, la poésie bat son plein dans une impasse de la largeur d’une estrade. Aux sublimes envolées amoureuses, répondent les cris stridents des oiseaux de mer attroupés sur les toits. Alors qu’une rafale d’applaudissements nourris retentit, le poète, qui s’apprête à se lever pour remercier l'auditoire, tombe de son siège et se retrouve, un peu ahuri mais souriant toujours, les quatre fers en l’air. Les applaudissements redoublent.

J’avale le monde à chaque instant
et peu après il est à nouveau dans ma bouche

Claudio Pozzani (Italie)
 




Nous redécouvrons Georges Brassens à l’Espace qui lui est dédié, parcourant sa vie au son de sa voix et de ses chansons tellement pleines d’allant et d’ironie mordante. La guitare égrène ses facéties appuyées d’un clin d’œil malicieux.  

Le cimetière le Py, cimetière « des pauvres », surplombe l’étang de Thau. Des cyprès géants le bordent et les cigales creusent le silence aux heures les plus torrides. « Un petit trou moelleux », en guise d’ultime demeure, abrite les restes du poète chanteur.

cette ombre sur le marbre…
est-ce le pin parasol 
ou bien la croix ?


Musique :G




Brassens, Supplique pour être enterré sur la plage de Sète 






La Camarde qui ne m'a jamais pardonné

D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez

Me poursuit d'un zèle imbécile

Alors cerné de près par les enterrements

J'ai cru bon de remettre à jour mon testament

De me payer un codicille

 
Trempe dans l'encre bleue du Golfe du Lion
Trempe trempe ta plume ô mon vieux tabellion
Et de ta plus belle écriture
Note ce qu'il faudra qu'il advint de mon corps
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord
Que sur un seul point  la rupture
 
Quand mon âme aura pris son vol à l'horizon
Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson
Celles des titis des grisettes
Que vers le sol natal mon corps soit ramené
Dans un sleeping du Paris-Méditerranée
Terminus en gare de Sète
 
Mon caveau de famille hélas ! n'est pas tout neuf
Vulgairement parlant il est plein comme un œuf
Et d'ici que quelqu'un n'en sorte
Il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens  poussez-vous donc un peu
Place aux jeunes en quelque sorte
 
Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus
Creusez si c'est possible un petit trou moelleux
Une bonne petite niche
Auprès de mes amis d'enfance les dauphins
Le long de cette grève où le sable est si fin
Sur la plage de la corniche
 
C'est une plage où même à ses moments furieux
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux
Où quand un bateau fait naufrage
Le capitaine crie  "Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut le vin et le pastis d'abord
Chacun sa bonbonne et courage"
 
Et c'est là que jadis à quinze ans révolus
À  l'âge où s'amuser tout seul ne suffit plus
Je connus la prime amourette
Auprès d'une sirène une femme-poisson
Je reçus de l'amour la première leçon
Avalai la première arête
 
Déférence gardée envers Paul Valéry
Moi l'humble troubadour sur lui je renchéris
Le bon maître me le pardonne
Et qu'au moins si ses vers valent mieux que les miens
Mon cimetière soit plus marin que le sien
Et n'en déplaise aux autochtones
 
Cette tombe en sandwich entre le ciel et l'eau
Ne donnera pas une ombre triste au tableau
Mais un charme indéfinissable
Les baigneuses s'en serviront de paravent
Pour changer de tenue et les petits enfants
Diront  chouette un château de sable !
 
Est-ce trop demander  sur mon petit lopin
Planter je vous en prie une espèce de pin
Pin parasol de préférence
Qui saura prémunir contre l'insolation
Les bons amis venus faire sur ma concession
D'affectueuses révérences
 
Tantôt venant d'Espagne et tantôt d'Italie
Tous chargés de parfums de musiques jolies
Le Mistral et la Tramontane
Sur mon dernier sommeil verseront les échos
De villanelle un jour un jour de fandango
De tarentelle de sardane
 
Et quand prenant ma butte en guise d'oreiller
Une ondine viendra gentiment sommeiller
Avec rien que moins de costume
J'en demande pardon par avance à Jésus
Si l'ombre de sa croix s'y couche un peu dessus
Pour un petit bonheur posthume
 
Pauvres rois pharaons pauvre Napoléon
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon
Pauvres cendres de conséquence
Vous envierez un peu l'éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant
Qui passe sa mort en vacances
Vous envierez un peu l'éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant
Qui passe sa mort en vacances




Déclin du jour. Le soleil inonde le théâtre de la mer vers lequel se presse la foule. Les gradins sont presque complets déjà. Un paquebot se profile à l’horizon, derrière la scène, tandis que les projecteurs éclairent bientôt le vol de quelque goéland de passage au fond de l’enceinte de pierre ouverte sur le large.
Le bruit du ressac couvre de temps en temps le brouhaha des voix.
Après un prélude poétique par Gabrielle Althen (France) et Philippe Thancelin (France), débute le somptueux spectacle donné par le duo Nathalie Dessay et Michel Legrand. S’engage un touchant et magnifique dialogue entre le talentueux octogénaire et la jeune virtuose, serments d’amour échangés dans la nuit comblée.

Mon instant s’est suspendu
À un temps beau, écoulé et fini

Saadlah Mufarreh (Koweit)




[1] Les herbes m'appellent, éditions L'iroli, haïkus de Niji Fuyuno et Ryu Yotsuya, préface et essais de Thierry Cazals, 2012, ISBN 978-2-916616-22-3.
[2] CHOU HIBOU HAIKU Guide de haïku à l'école et ailleurs - collectif sous la direction de Jean Antonini - Alter éditions, 2011, ISBN 978-2-84301-331-7

N.B. Les extraits poétiques cités ont été choisis parmi ceux qui émaillent les pages du livre consacré au programme du Festival « Voix Vives » de Sète.

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JEA :

 http://www.dailymotion.com/video/x8h8ue_brassens-supplique-pour-etre-enterr_music

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MOP :

Le tonneau
rempli de rhum fort,
et de rêves.

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