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mercredi 6 juin 2012

Vide

pas même un frisson
sur la table de jardin
des gouttes de pluie


Dès mon réveil ce matin, je sens que quelque chose manque à l'ambiance habituelle, une absence soudaine d'agitation au coin de la pergola, à l'endroit même où treille et chèvrefeuille mêlent l'exubérance de leurs feuillages. Pourquoi cette subite impression de vide ? 
Pressentant l'événement, je décide d'en avoir le cœur net : hissée au sommet de l'échelle prestement dressée sur la terrasse, je découvre alors le nid, tout rond, superbe mais vide. 

- "Il faut assurément que ces volatiles aient un compas dans l’œil pour approcher d'aussi près la perfection", songé-je.

Un instant, me revient le souvenir du geai chassé trois jours auparavant en raison de ses mauvaises intentions évidentes. Mais aucune victime à terre, aucune plume, aucune trace de combat. Il me faut bien admettre cette évidence : les oisillons ont pris leur envol. Finis donc les va-et-vient incessants des parents pour satisfaire l'appétit féroce de leur progéniture ! Finie la joyeuse animation !

Une demi-heure plus tard, alors que je prends mon petit déjeuner devant la baie vitrée, j'aperçois le mâle sautillant de buisson en buisson, marquant des temps de pause plus ou moins longs, becquetant sous les feuilles, désemparé... De merlesse point. 
Toute la nichée a donc migré en quelques heures, abandonnant sans aucun ménagement le pauvre père ! Le suivant un moment du regard, je ne peux m'empêcher de tourner et retourner dans ma tête cette question qui me préoccupe : "Un oiseau ressent-il aussi de la tristesse ?" 

**

samedi 2 avril 2011

A toute volée

Aux dires des adultes, j’étais une enfant sage, souriante et surtout « qui travaillait bien à l’école ».
Petite fille exemplaire ? Pourtant, en compagnie de ma meilleure copine Julie, j’accomplissais quotidiennement un larcin impardonnable.

bouton de sonnette
sur le palier le paillasson
brouté par le temps


Chaque jeudi, nous étions toutes deux chargées par nos parents « d’aller au pain ». Quelle aubaine !

Chez Julie, la salle à manger était modeste : une table, six chaises et un buffet, sur lequel attendait l’argent pour le pain. Oui, mais…
En haut de ce même buffet, trônait un superbe camion rouge en ferraille. Il appartenait au petit frère, Baba. Avant de quitter les lieux, nous improvisions à la hâte un échafaudage de fortune afin d’atteindre la petite merveille.

une dent qui bouge
la faire tomber tout à l’heure
pour la souris blanche


L’objet du désir en main, nous l’agitions pour en évaluer scrupuleusement le contenu. Un beau bruit plein et métallique. Puis, habilement, en quelques tours de passe-passe, nous parvenions à faire glisser, par la fente située sous le camion, quelques pièces de monnaie. Chaque chute était saluée à grands coups de « Ah ! » victorieux.

mois de Marie
les cloches du village
à toute volée


La boulangère, Mme Carpeaux, nous servait à chacune notre pain. Ensuite, nous lui désignions du doigt les friandises colorées repérées dans les bocaux transparents. Le choix, fort vaste, demandait mûre réflexion et l’opération prenait du temps. Bâtons de réglisse, zan, boîtes de coco, carambars et chewing-gums gagnants, roudoudous dans leurs coquilles, boules meringuées qui éclataient en bouche…
Le pain sous le bras, nous rebroussions chemin en dévorant nos gourmandises à grands rires.

Un matin, le fameux camion resta introuvable. La gorge nouée et l’esprit habité d’un mauvais pressentiment, nous partîmes, tristement résignées à n’acheter que le pain.

sur le seringa
une coccinelle noire
quel âge ?


À notre arrivée, le carillon de la boulangerie résonna soudain bizarrement : derrière le comptoir, nous attendait comme d’habitude Mme Carpeaux ; à ses côtés, droit comme un « i » derrière le camion-tirelire rouge de Baba, le père de Julie...

mardi 13 juillet 2010

Haïbun : la bouche de pierre

Aujourd’hui, la chaleur est plus caniculaire que jamais. Les mains sous la nuque, elle reste encore un instant immobile. L’air pesant dégage une odeur suave de figues et d’herbe fanée.


scorpion immobile
sur le mur de chaux blanc
quel vêtement choisir ?



Dès le pas de la porte, le soleil écrasant enserre ses tempes. Inutile de chercher l’ombre dans la ruelle, silencieuse à cette heure de l’après-midi.


la boîte aux lettres
une maisonnette de bois
« Vincento Gribaldi »


Le chemin s’étire à travers champs, là où de grands tournesols la regardent passer. Leurs faces rondes de poupées de chiffon semblent l’interroger.


des abeilles
le bourdonnement intense
– sueur sur ses yeux


Sur le sentier grimpant, la poussière s’immisce entre ses orteils. Un pas devant l’autre, sans réfléchir pour ne pas sentir la fatigue. Très haut, un rapace plane dans le ciel bleu-cru.
L’eau jaillit tiède de la gourde, laissant un arrière-goût de fer sur sa langue.


l’épouvantail
en chapeau et en manteau
son nez décollé



Au loin, crevant la colline d’oliviers, San Gimignano dresse ses hautes tours sur l’horizon flamboyant.
Hier, jusqu’à la nuit tombée, ils se sont attardés dans les ruelles au charme d’antan. Elle a donné un billet trop gros pour payer les glaces et l’homme lui a conseillé d’être prudente.
La vieille église sentait le bois sous l’escalier monumental.


un chat se repose
près d’un bidon oublié
léger sursaut


« Buon giorno ! » lui lance un vieillard sec courbé sur son bâton.

La lourde grille grince sous la poussée…
Presque plus d’eau au bassin, la bouche de pierre de l’angelot ne crache plus rien.

Dans la pénombre de la pièce, s’alignent des poteries rustiques. Un homme au visage de terre cuite façonne à la main un énorme pot de jardin.


un peu étourdie –
au bout du banc les yeux rouges
d’un coq ébréché



L’air est encore lourd mais la lumière ne transperce plus jusqu’à la rétine. Elle s’en revient, par le même chemin, mêlant son chant aux stridulatons des cigales et des criquets.


ficelle enroulée
autour du papier journal
doigts sciés sous le poids


***

jeudi 10 juin 2010

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Haïbun : Deux cous tendus

Pluie battante. Des pétales de roses se décalquent par centaines sur les dalles inégales. Frissonnant, je réalise que dans huit jours exactement, c'est l'été.
Au fond du jardin, ignorant la tourmente, l'olivier tend ses quatre gros moignons devenus inutiles.

le seau déjà plein
un cousin
surnage


Chaque jour, en quête d'une repousse, j'interroge longuement les branches mutilées par la taille tardive. Pas une feuille, aucune promesse. L'écorce éclatée exhibe des verrues moussues que je frôle du bout de l'index. Leur contact rêche me noue la gorge.

un pas de côté
la course lente
de l'escargot


Ciboulette en fleur. Je coupe quelques tiges encore tendres pour la salade. Sur ma peau, leur suc odorant.

aspérité
entre deux lattes
une tête de canisse


Mes pas d'herbe et de terre vers le paillasson...

Le temps de dresser la table, le ciel s'est ouvert. A la vitre, le soleil fait loupe sur les gouttes. Eclat furtif aux couleurs de l'arc-en-ciel.

heure des infos
un tadorne égaré
fait du porte à porte


Quelques incrédules sortent sur le pas de leur porte. Envol brutal vers le toit ruisselant. Cris plaintifs doublés d'un autre appel, plus lointain. Le mâle ?
Soudain, sous le portillon d'en face, une nichée se faufile. Six ébouriffés courts sur pattes traversent les semis à grand renfort de piaillements. Longue observation immobile jusqu'à disparition totale des canetons sous les mailles du grillage.

ronde au-dessus des sapins
dans l'air
comme une angoisse


Trois heures se sont écoulées.
Deux cous tendus sillonnent sans répit la nuée noire.

***